Ce blog est un espace d’expression du Syndicat National des Personnels de la Formation Privée .
La grève du 9 novembre à Pôle emploi a remporté un succès inégalé. Plus d’un agent sur deux, pouvant faire grève, a cessé le travail.
Qu’avons-nous eu en retour : - Une attitude méprisante du Directeur général, qui, comme le disait le communiqué intersyndical, a répondu par la négative à toute revendication, renvoyant au Ministre la quasi-totalité des réponses à apporter ; les 1 800 suppressions de poste (dont 300 CDI) sont toujours d’actualité… pour 2011, et combien ensuite ? - Une attitude d’autant plus hallucinante qu’elle se déroulait dans un immeuble transformé en bunker, avec des « Robocops » partout, devant l’entrée et dans les étages, filmant les manifestants, gazant aux lacrymogènes en visant délibérément les visages de la petite dizaine de personnes qui s’approchaient trop de la porte – si vous avez vu cette scène, faites remonter votre témoignage , les organisations syndicales se porteront parties civiles en soutien des plaintes contre X déposées auprès du Procureur de la République… - 6 jours après, l’annonce du « projet d’entreprise » du DG, véritable bombe anti-personnel, jamais présenté d’ailleurs au Comité Central d’Entreprise (CCE). Les garanties statutaires doivent permettre à l’agent public d’échapper à l’obligation de faire allégeance au « projet d’entreprise » (le mot est choquant dans un établissement public !), et protègent la liberté d’opinion politique, morale, philosophique et religieuse – il n’a pas à « adhérer » à quoi que ce soit venant de la Direction ! - Subrepticement, en fin de pont du 11 novembre, les propos du ministrable X. Bertrand qui lâchait dédaigneusement que la fusion résoudrait les problèmes d’effectifs puisqu’il y avait « des tonnes de doublons » - ainsi qualifier des hommes et des femmes qui œuvrent pour le service public et la protection sociale, c’est inacceptable ! Et si des « tonnes de doublons » et d’agents œuvraient ensemble pour les revendications, cela n’aurait-il pas un certain poids ?... Depuis, nommé à la tête d’un Ministère qui réunifie Travail, Emploi/Formation Professionnelle et Santé, il a affirmé, à l’Assemblée Nationale, que le métier unique était en route et était la solution pour le service et pour les chômeurs. C’est bien là la logique du « dialogue social » de la Direction Générale et du gouvernement. C’est exactement l’inverse de ce que les personnels mobilisés le 9 novembre ont affirmé avec force. …/…
En face de nous, une Direction et une tutelle de choc durcissent le ton. Ils ont pour objectifs : redonner un coup d’accélérateur à cette fusion destructrice ; mettre en place, dans l’intérêt du patronat, la flexibilité que la situation de l’emploi les incite à développer en grand contre les travailleurs avec ou sans emploi ; relancer des objectifs ambitieux de baisse des chiffres du chômage coûte que coûte (le Royaume Uni une fois encore montre l’exemple, en instaurant un service du travail obligatoire et gratuit) ; mettre en place un contrôle beaucoup plus « efficace » contre les demandeurs d’emploi via les lampes UV, les radiations sanctions etc. - le tout sur fond d’austérité budgétaire. C’est cela la « feuille de route » du gouvernement Fillon 3 chapeauté par le Président, et flanqué du Directeur général (l’actuel ou son éventuel successeur, cela n’a aucune importance).
Pour le syndicat national Pôle emploi CGT (SNPE CGT), affilié à l’Union Nationale des Affaires Sociales (qui couvre au plan syndical le champ des politiques publiques en matière de Travail, d’Emploi, de Santé et de Solidarité et regroupe les personnels de ces services, domaines où les enjeux ont rarement été aussi importants pour les populations), et à l’Union Générale des Fédérations de Fonctionnaires, une telle situation est insupportable et impose de revenir à certains fondamentaux :
1) Même dévoyé, même défiguré, Pôle emploi est, aux dernières nouvelles, officiellement un établissement public administratif ; ce sont des missions de service public qui doivent s’y appliquer, où, bien avant des considérants budgétaires et des critères de rentabilité, l’intérêt des chômeurs et des travailleurs, à commencer par les plus en difficulté, doit être satisfait ; en aucun cas, nous ne serons complices d’un quelconque « projet d’entreprise ! 2) Pour le SNPE CGT, il est clair qu’à missions publiques, doit correspondre le statut public des agents, qui doit en assurer la protection contre toutes les influences. La convention 88 de l’Organisation Internationale du Travail prévoit que les agents des services publics de l’emploi soient protégés par un statut. D’autant plus que la CCN y fait également référence, sans en tirer les conséquences… Pourquoi alors organiser la fin du statut public ? Le SNPE CGT est contre le « droit d’option » instauré par la Loi du 13 février 2008 : c’est dans l’autre sens qu’il devrait fonctionner, en permettant aux agents privés de pouvoir choisir le statut public, selon les principes même du Code du Travail ; bien plus, il faut rouvrir les recrutements d’agents publics, que cette Loi ponctuelle a prétendu interdire. 3) Nous sommes informés de certaines pressions s’exerçant sur d’anciens agents publics : « vous avez opté, je vous donne un ordre, vous devez l’exécuter, sinon c’est le licenciement ». C’est la protection de tous qui serait mise à mal si le statut public était laminé. Est-ce un hasard si le Directeur général à l’œil rivé sur le nombre d’optants, qu’il voudrait voir porté à 65% en fin d’année (après avoir constaté qu’il ne pourrait atteindre l’objectif de 75% pour lequel il avait obtenu les autorisations budgétaires) ? Sa déception est d’autant plus forte que c’est loin d’être acquis, car, sur la totalité des agents publics CDI en poste au 31/12/2009, il n’atteint pas les 50%. Est-ce un hasard s’il a voulu que le maximum de cadres choisisse de passer dans la CCN ? Maintenant, son propos est clair ; chaque membre de l’encadrement est tenu de faire passer le message relatif au « projet d’entreprise », et plus largement il demande à chaque agent d’y adhérer personnellement. Les cadres ne sont pas des moutons, ne sont pas aux ordres. Résister aux sirènes de l’option, c’est aussi affirmer cela. 4) Aux missions publiques, doit correspondre la défense de l’emploi public. Si nous soutenons les CDIsations de CDD, cela ne signifie en aucun cas que nous délaissons cette bataille : oui, il faut des effectifs à Pôle emploi pour mettre fin à la sous-traitance, pour refuser le recours aux opérateurs privés de placement. À missions publiques, agents publics ! Le conseil pour l’accès à l’emploi, à la formation qualifiante, cela nécessite des effectifs d’agents publics en nombre. Le retard croissant dans le traitement des dossiers d’indemnisation des chômeurs, le recours aux heures supplémentaire imposent également d’arriver à un effectif suffisant d’agents chargés de l’indemnisation : cela fonde une convergence d’intérêt entre les agents, par-delà les différences de statut. Dans tous les cas, sont en jeu la réception correcte des chômeurs, le refus de pressions, le respect de nos usagers. Dans ce cadre, la référence à la « chasse aux doublons » par le nouveau Ministre doit être totalement combattue. 5) Le refus de la mise à mal de la mission de protection sociale, de la privatisation des missions du service public (en incluant en bonne place l’orientation des chômeurs et en combattant l’insertion au rabais des collègues issus de l’AFPA, effectuée par la Direction au printemps), renforce la nécessité de « métiers différents », de qualifications distinctes et clairement reconnues ; à défaut, ce sont les classifications des emplois tant de la CCN que du statut public qui vont en pâtir. Contrairement à ce qu’affirment le Ministre et le DG, il n’y pas, il ne peut pas, il ne doit pas y avoir de « métier unique » à Pôle emploi ! 6) La mise en place des sites uniques est chaotique, fort heureusement : il arrive même, comme en Île de France, que la Justice condamne la Direction pour défaut de présentation loyale et sincère des opérations. Au-delà, il s’agit bien de combattre la nomadisation des chômeurs et des agents (on ne passe pas sans dégât de 1500 à 900 sites, et peut-être demain à 700) : des services de proximité s’éloignent, et simultanément on impose aux agents des modifications d’implantation et des regroupements autoritaires, au mépris des textes statutaires, voire conventionnels.
Seul le rapport de forces garantit les droits collectifs dont découlent les droits individuels, et protège les agents.
C’est pour entretenir la mobilisation de tous, prolonger la grève historique du 9 novembre, que le SNPE CGT soutient et participe pleinement à la mise en place de grèves par « rotations régionales », en perspective d’une nouvelle journée de grève nationale.
Il n’y aura pas deux mois de « trêve des confiseurs », ce n’est pas possible quand les fondements du service public, les droits des chômeurs, le statut et la CCN sont en jeu.
Plus que jamais, nous sommes confrontés à un pouvoir qui pratique la guerre de classe ; Pôle emploi n’y échappe pas. Nous devons amplifier la mobilisation afin que la prochaine grève soit encore plus massive, déterminée et réussie.
Paris le 22 novembre 2010