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Ce blog est un espace d’expression du Syndicat National des Personnels de la Formation Privée .

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Organismes de formation linguistique : état des lieux en 1990

Le Marché unique à peine ouvert, l'Europe en chantier éveille déjà quelques nostalgies.

 

Les dirigeants d'écoles de langues regrettent la belle époque où les entreprises se préparaient fébrilement à affronter la compétition européenne. " Elles ont certainement dépensé plus pour les langues en 1990 qu'elles ne le feront jamais à l'avenir ", note Philippe Marec, président de la commission des langues de la chambre syndicale des organismes de formation.

 

Le secteur privé des formations linguistiques sort, il est vrai, de deux décennies d'euphorie : les années 70, où la formation en langues pour tous semblait la meilleure façon de dépenser les nouveaux minima légaux consacrés à la formation continue ; puis le pic historique de 1989-1990. Résultat : une formidable floraison d'écoles.

 

" On dénombre aujourd'hui en France quelque 1500 centres de formation, dont 1000 environ pour la seule région parisienne, en incluant les écoles des chambres de commerce. Un marché très saturé...", estime Philippe Marec. Loin devant, le premier mondial, Berlitz, dont Robert Maxwell était le principal actionnaire et qui vient d'être racheté par le japonais Fukutake : son chiffre d'affaires atteint 90 millions de francs dans l'Hexagone (18 centres), près de 2 milliards de francs dans le monde.

Puis viennent une dizaine de grosses écoles (Télélangues, IFG Langues, Formalangues, Linguacom...) au chiffre d'affaires supérieur à 20 millions de francs ; enfin quelque 80 écoles dont le chiffre d'affaires dépasse les 5 millions de francs, et une infinité de petites.`

Les péripéties du traité de Maastricht, une conjoncture qui ne cesse de se dégrader, et voilà les budgets de formation, désormais consacrés en priorité à des enseignements immédiatement rentables pour l'entreprise. Tout le secteur de la formation est aujourd'hui touché et les langues au premier chef. Aucun des 500 chefs d'entreprise interrogés par l'Agefos-PME Ile-de-France dans son dernier baromètre n'envisageait d'organiser de formations en langues dans les 12 mois à venir. "Aujourd'hui, les entreprises limitent les cours aux besoins incompressibles et urgents, essentiellement aux cadres supérieurs", constate Jean-Pierre Van Deth, président du salon Expolangues.

Pour les écoles de langues, les temps sont durs.

En 1992, même le géant Berlitz a vu son chiffre d'affaires stagner, et le nombre de cours qu'il dispense diminuer de 5 %. "En moyenne, les chiffres d'affaires ont baissé de 10 %, mais parfois de beaucoup plus. Certaines écoles ont déjà disparu, d'autres risquent de fermer bientôt", déplore Philippe Marec. Les structures les plus légères bradent leurs formations, les grandes écoles consentent des remises de 10 % à 15 %.

"Sur ce marché en stagnation, on ne peut s'accroître qu'au détriment des autres", commente Patrick Morel, directeur de Berlitz France. "C'est la bagarre. Certains vendent l'heure de cours à 180 francs, en payant leurs profs sous les minima de la convention collective. Pour le client, cela ne fait pas sérieux, ces tarifs qui vont du simple au double", s'insurge Ingrid Foussat, directrice d'IFG Langues.

 

Pour survivre, les écoles doivent non seulement accroître leur effort commercial, mais encore s'adapter aux nouvelles exigences des entreprises. Définir gratuitement un plan de formation, fournir, des bilans pédagogiques individuels à la fin de ceux-ci. Courtes, pointues, individualisées, les formations nouvelles ne doivent ponctionner qu'au minimum le précieux temps de travail des cadres. "Les entreprises ont tellement dégraissé que les salariés qui restent n'ont plus de temps pour se former ; ce manque de disponibilité nous pénalise au moins autant que la baisse des budgets", poursuit Philippe Marec.

 

Incités à prendre davantage sur leurs loisirs pour se former, les salariés privilégient le téléphone et apprécient que les professeurs viennent jusqu'à leur bureau. Le cours idéal est également teinté de culture, afin d'adopter un comportement adéquat dans les négociations commerciales. "Nous proposons un module de 20 heures pour apprendre les bases du savoir-vivre chinois, explique Gabrièle Viessmann, directrice d'un centre Formalangues. Il est bien utile de savoir que, là-bas, on crache après le repas pour montrer qu'on a apprécié."  La conduite de réunions en anglais, ou la construction d'un exposé à la mode anglo-saxonne ont remplacé l'anglais de monsieur Tout-le-Monde. " Nous donnons des cours de russe scientifique à des ingénieurs du CNRS, des cours d'anglais boursier par téléphone à des salariés de Paribas ", détaille Christine Mestre, de Forum Accord. Le hic, c'est que ces cours très spécifiques, qui demandent de lourdes préparations, sont beaucoup moins rentables pour les écoles.

D'autant que, dans le même temps, les entreprises développent l'apprentissage-maison, installant leurs propres centres de formation multimédias. "Vu le prix de l'heure de cours, et surtout le nombre d'heures nécessaires, même un investissement de 100 000 francs est très vite rentabilisé", admet le président d'Expolangues. Sans compter la souplesse d'utilisation de ces médiathèques, que chacun fréquente lorsqu'il en trouve le temps. "Nous aurons bientôt un centre de formation individualisé dans chaque établissement en France, note Wiveca Berglund, responsable de la politique des langues chez Renault. C'est pour nous la seule façon de dispenser en 1993 les 228 000 heures de formation en langues rendues nécessaires par notre accord avec Volvo. "Un marché qui file pour les écoles, même si elles sont toujours sollicitées lorsqu'il s'agit de trouver des animateurs.

Les stages en immersion à l'étranger, le plus souvent dans des écoles anglaises, censés accélérer l'apprentissage, portent également préjudice aux centres de formation. Une fois l'école anglaise connue, les entreprises françaises se passent d'intermédiaire. Certaines multinationales tirent désormais profit de leur structure pour assurer à leurs cadres une double formation, professionnelle et linguistique. Chez le franco-britannique GEC Alsthom, des échanges ont lieu entre jeunes ingénieurs français et anglais. Renault envisage de développer les stages chez son partenaire Volvo, pour combiner l'apprentissage de l'anglais et celui des méthodes de travail suédoises. Ou l'art d'apprendre une langue sans cesser de travailler.

 

Le Monde

 

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