Ce blog est un espace d’expression du Syndicat National des Personnels de la Formation Privée .
Présentation synthétique des problématiques des acteurs de la diffusion de la langue et culture françaises, en France et à l'étranger, dans le secteur public et privé, scolaire, universitaire, professionnel et associatif.
Le rayonnement du français dans le monde : alors que les discours politiques prônent la nécessité d'une diffusion plus efficace de la langue-culture française, les professionnels de terrain qui oeuvrent au quotidien depuis des années pour cette diffusion en France et à l'étranger sont négligés voire méprisés et leurs activités professionnelles menacées par des mesures interministérielles incompréhensibles au regard du rayonnement national et international de l'enseignement de la langue-culture française.
En effet, à l'heure où il est officiellement demandé aux universités françaises de favoriser l'accueil des étudiants étrangers, ceux-ci sont victimes de la mise en place du plan de "l'immigration choisie" qui leur impose une sélection quant à leur niveau de connaissances en français pour obtenir leur visa d'études en France. Il est de ce fait devenu impossible pour les étudiants de prétendre venir apprendre en France le français dès le niveau débutant. Ceci prive nos universités de contrats d'échanges d'étudiants, et prive les centres français et leurs enseignants de FLE/FLS d'un public important avec pour lourde conséquence une aggravation du chômage et de la précarité dans l'emploi. Par ailleurs, cela n'améliore pas pour autant la situation des centres et organismes d'enseignement du français à l'étranger puisque de nombreuses Alliances et Instituts français licencient au profit d'emploi de vacataires et/ou ferment, faute de moyens financiers. Les étudiants français de nos filières FLE/FLS destinés à cet enseignement se retrouvent donc avec pour seuls débouchés des emplois de plus en plus précarisés et des offres de travail à l'étranger en contrat local avec des salaires de misère.
Nous souhaiterions que les Ministères concernés prennent conscience des graves répercussions de ces mesures sur la diffusion et le rayonnement de langue-culture française, sur l'accueil des étudiants étrangers par nos universités, sur l'existence et la survie des centres d'enseignement du FLE/FLS, sur l'emploi de nombreux professionnels qualifiés tant en France qu'à l'étranger.
La reconnaissance de la formation : il n'y a pas de reconnaissance officielle de la discipline universitaire et de ses diplômes de la part d'aucun des 4 Ministères (MEN, MER, MAE, et Immigration, intégration, identité nationale et codéveloppement) dont dépendent les métiers du FLE/FLS : pas de concours, pas d'exigence de qualifications FLE/FLS dans le recrutement public ou privé d'enseignants-formateurs du français à des étrangers, d'alphabétisation ou de lutte contre l'illettrisme, pas de statut professionnel.
Alors que l'on reproche aux universités d'offrir des formations trop éloignées du monde professionnel, la Didactique des Langues Cultures et du FLE/FLS qui forme précisément aux métiers du FLE/FLS dans le respect et la valorisation de toutes les langues et cultures. Ce qui différencie cette discipline universitaire et lui donne sa spécificité professionnalisante, c'est qu'elle intègre comme contenu de formation, l'apprentissage théorico-pratique des pédagogies et méthodologies de l'enseignement d'une langue vivante (traitant le français en tant que langue étrangère/seconde et non comme langue maternelle). C'est la seule discipline en Langues et Lettres qui offre ce contenu et elle attire pour autant de nombreux étudiants des UFR de Langues Vivantes.
Néanmoins, elle souffre depuis son origine d'un refus de reconnaissance au sein même de son Ministère alors que des classes d'accueil des élèves nouveaux arrivants ou dont le français est la langue seconde ont été créées dans l'enseignement primaire et secondaire et que les centres universitaires de langue française pour les étudiants étrangers existent bel et bien au sein des universités. Les uns et les autres démontrent l'existence des publics et de leurs besoins au sein du système scolaire et universitaire.
Nous demandons que les Ministères de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche ainsi que de l'Éducation Nationale donnent sa légitime visibilité et existence à cette discipline en l'intégrant au minimum dans les formations et concours existants de Lettres, Langues Vivantes et de professeurs des écoles.
La régulation de la profession : La diversité des cadres et structures d'accueil et celle des publics, en France et à l'étranger, impliquent non seulement une diversité de missions pour un même professionnel mais aussi une complexité dans la gestion de l'organisation, du fonctionnement, de l'offre de formation et du personnel de la part des directeurs de centres. Cette diversité complexe doit être considérée dans sa globalité et non dans un cloisonnement qui ne correspond ni à la réalité ni aux besoins des apprenants.
Par ailleurs, la marchandisation des actions de formation financées par les collectivités publiques territoriales, comme le Contrat d'Accueil et d'Intégration (CAI) menace les petites structures consacrées à la formation des migrants et, qui plus est, se trouve piratée par des initiatives comme celle du préfet du Rhône instaurant un Plan d'apprentissage de la langue française dont l'élément principal réside dans le remplacement des professionnels par le recrutement d'actifs et retraités de la fonction publique et territoriale. Cette initiative soulève le grave problème de l'instrumentalisation de l'enseignement et de la formation linguistique (alphabétisation, lutte contre l'illettrisme et FLE/FLS) au service des politiques d'immigration car elle assimile l'obtention d'un diplôme à celle d'un permis de séjour, et met ainsi en danger la mission première d'éducation et d'intégration des publics concernés.
C'est pourquoi nous estimons indispensables de consulter les représentants de tous les secteurs et de travailler ensemble à l'élaboration d'une labellisation de centres (contrôle de qualité) commune aux secteurs public et privé ainsi que pour l'actualisation de la convention collective des organismes de formation devenue désuète (n° 3249).
La situation professionnelle des enseignants-formateurs de FLE/FLS : ces problématiques ont des conséquences alarmantes dans le monde du travail. Premièrement, l'inexistence du statut de la profession affecte le secteur public et privé ainsi que la recherche d'emploi (pas de code professionnel défini à l'ANPE) et logiquement répercute sur les conditions de recrutement et celles du travail. En effet, le défaut de statut autorise des propositions d'emplois en France et à l'étranger, du type "moniteur, animateur, stagiaire" qui ne considèrent dans le recrutement et la rémunération ni les qualifications (Master 1 minimum), ni l'expérience ni les capacités requises d'adaptation de la pédagogie et des contenus des formations à l'hétérogénéité des publics. Ces conditions de recrutement se retrouvent dans le secteur public, y compris à l'université, qui, en qualité d’organisme formateur dispense une formation diplômante de professionnels, pour la juger, en qualité d’employeur, superflue et insuffisante. Dans tous les cas, la spécificité des enseignants FLE/FLS est sous-estimée au détriment de la qualité que sont en droit d'espérer les apprenants. Deuxièmement, l'absence de convention collective spécifique des métiers du FLE/FLS implique que les professionnels soient rattachés à la convention collective des organismes de formation n°3249 qui ne reflète pas la diversité des secteurs et cadres des métiers du FLE/FLS. Cette convention établit pour le formateur un tarif a minima à 13 € bruts/h.
Nous souhaitons attirer l'attention sur ces confusions de rôles et de fonctions qui, comme dans le cas des étudiants précédemment évoqué, nuit à la mission de diffusion de la langue française ainsi qu'à tous les professionnels impliqués dans cette noble tâche. Nous demandons que les enseignants-formateurs de FLE/FLS acquièrent enfin le statut professionnel en rapport avec leurs qualifications qui garantisse les conditions de recrutement et de travail dans l'ensemble des secteurs où ils interviennent.